Anina, jeune, femme et Rom

Je dois avouer que j’ai vécu dans une totale ignorance à propos des Roms pendant des décennies, et qu’il a fallu que je m’intéresse à la question des cultures et origines pour découvrir qu’avec environ 15 millions de personnes, les Roms sont la plus grande minorité en Europe. Ils sont aussi probablement les plus discriminés, les moins connus et l’objet du plus grand nombre de légendes ou de stéréotypes. Arrivés du Nord-ouest de l’Inde il y a plusieurs siècles, ils se sont principalement établis en Europe centrale et de l’Est, avec la Roumanie comme pays principal.  Ils sont souvent confondus avec les Gens du voyage, alors que 90% des Roms sont sédentaires. En France, ils seraient environ 17 000, mais les chiffres sont approximatifs.

 

Je me souviens avoir été en Hongrie il y a quelques années, pour parler diversité avec les responsables de la filiale d’une grande entreprise. Nous faisions le tour des sujets liés à la diversité (genre, handicap, générations, etc…), et quand nous en sommes arrivés à parler Cultures et Origines, ils m’ont dit n’avoir aucun problème car la population Hongroise était d’après eux très homogène. J’ai alors posé la question qui fâche : « et les Roms ? ». La réponse a été simple et rapide : « eux c’est différent, ils ne comptent pas ». 15% de la population qui ne compte pas…

Plus récemment, je parlais des Roms avec une personne d’origine Roumaine qui me disait que, malgré son ouverture à tous les sujets de la diversité, elle était presque de manière atavique pleine de stéréotypes quant aux Roms et incapable d’envisager quelque action positive que ce soit.

 

En 2013, au milieu d’une émission de divertissement à la télévision, j’ai entendu l’interview d’une jeune femme qui allait changer ma vision : Anina.

 

Anina Ciuciu est née et a vécu en Roumanie jusqu’à l’âge de 7 ans en 1997. Brusquement son père et sa mère ont perdu leur travail, leur employeur ayant découvert qu’ils étaient Roms. Ils ont décidé de fuir le pays, et d’émigrer en France, car un membre de leur famille s’était établi à Lyon. Le voyage a été un cauchemar, et la famille s’est retrouvée bloquée plusieurs mois à Rome dans des conditions épouvantables. Ils ont un jour pu poursuivre leur route, et au bout d’un périple indigne de la condition humaine, ils sont arrivés à Bourg en Bresse, où ils n’ont eu d’autre solution que de mendier dans les rues. C’est là qu’ils ont eu le bonheur de rencontrer une femme qui a été touchée par leur situation et a décidé de les héberger. Ce jour-là a été un tournant dans leur vie, avec en particulier la possibilité pour les 3 filles de la famille d’aller à l’école et d’apprendre le français.

 

Anina a raconté cette histoire dans un livre paru en 2013 : « Je suis Tzigane et je le reste », et c’est pour cet ouvrage qu’elle était invitée à la télévision. Je l’ai immédiatement acheté et lu, et j’ai été immensément choqué par cette histoire qui est loin d’être un cas isolé : je recommande à chacune et à chacun de lire ce livre pour comprendre un peu mieux l’horreur à notre porte. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir qu’il y a encore des Justes à l’image de cette femme de Bourg en Bresse.

Et puis il y a Anina.

Cette jeune femme est lumineuse. Elle étudie le droit, car elle veut changer le monde. Pour les Roms bien sûr, mais pour toutes et tous. Magistrate, avocate ou fonctionnaire Européenne, elle est convaincue qu’elle pourra faire bouger les lignes, et j’en suis convaincu avec elle.

J’ai eu le bonheur de rencontrer Anina en 2015 dans une conférence organisée par la Commission Européenne à Rome.

 


Elle était venue parler de son parcours, et elle s’est souvenue des jours noirs passés en Italie dans son enfance. Elle l’a dit simplement, pas pour régler des comptes, mais simplement parce le fait de dire la vérité peut avoir un impact.

Et Anina veut avoir un impact. Elle est d’une immense humilité, mais elle est porteuse d’une très grande force et d’une générosité sans limite. Elle est convaincue que l’accès des femmes Roms à l’éducation et à la santé est une clé prioritaire. Il y a là une cause à saisir, et ce pourrait être une bonne idée pour des réseaux mixité dans les entreprises d’accompagner des initiatives dans leur environnement proche.

Dernier point : Anina est jeune, mais elle est une rôle modèle du haut de ses 26 ans. Une GenY qui sait ce que veut dire l’inclusion et qui partage son talent.

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Commentaires: 7
  • #1

    Louis Mendy (jeudi, 10 novembre 2016 00:48)

    Très belle histoire. Merci, Jean-Michel, de nous avons fait partager cette grande leçon de vie...

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